L'HISTOIRE DE L'AMIANTE L'histoire de l'amiante est d'une certaine façon attachée à celle du XXème siècle. Celui-ci débute, en effet, en donnant à l'amiante les prémisses de sa place dans notre environnement, notamment industriel. Si l'on doit brosser à très grands traits son histoire au cours de ce siècle, on peut écrire qu'elle se déroule en quatre grandes périodes.
La première est celle de sa montée en puissance du début des années 1900 au lendemain de la deuxième guerre mondiale, en raison de ses qualités exceptionnelles. On trouvait sa principale utilisation dans les chantiers navals et l'industrie textile.
La deuxième est celle de son apogée qui correspond aux « Trente Glorieuses », c'est-à -dire le développement industriel des années 1950, 1960, et 1970. La diffusion de l'amiante s'est effectuée en méconnaissant toutes ses conséquences sur la santé de l'homme et en reléguant au second plan des préoccupations pourtant légitimes de santé publique.
La troisième commence au début des années 1980, elle est celle d'une utilisation contrôlée, réduite, c'est-à -dire plus réfléchie. Cependant s'annonce un face-à -face avec les enjeux de la santé de l'homme qui peut devenir redoutable.
La quatrième période, qui prend naissance avec la décision d'interdire l'amiante au 1er janvier 1997, pourrait être, malgré tout, celle de la confiance retrouvée dans une politique affirmée de gestion du risque. DE FORTS ARGUMENTS SCIENTIFIQUES POUR INTERDIRE L'AMIANTE Avant de préciser les différentes pathologies provoquées par les amiantes et les nombreuses connaissances scientifiques qui se sont accumulées sur un matériau utilisé industriellement depuis plus d'un siècle, il convient de dire brièvement ce qu'est l'amiante. Il s'agit d'une roche métamorphique, à partir de laquelle on obtient, après traitement, des fibres qui ont été massivement utilisées en raison de leurs propriétés exceptionnelles. On a pu dire qu'il s'agissait d'un "magic mineral".
Les différents amiantes utilisés sont classés en deux groupes :
- le groupe des serpentines : il s'agit du chrysotile (ou amiante blanc), variété commerciale la plus utilisée ;
- le groupe des amphiboles : il comprend des variétés qui ont été commercialisées : l'amosite (ou amiante brun) ainsi que la crocidolite (ou amiante bleu) et l'antophylite, et des variétés qui n'ont pas été commercialisées en tant que telles mais qui sont des contaminants naturels que l'on peut retrouver dans certains produits (comme le talc et la vermiculite) : il s'agit de la trémolite et de l'actinolite.
LES EFFETS PATHOGENES DES AMIANTES C'est essentiellement au niveau de l'appareil respiratoire que s'établissent des pathologies spécifiques liées à l'inhalation d'amiante : asbestose, atteintes non cancéreuses de la plèvre, cancer du poumon et mésothéliome. D'autres localisations de cancer sont évoquées par la littérature scientifique : larynx, appareil digestif, colon, rectum et appareil urogénital mais ne sont pas scientifiquement établies, à l'exception du mésothéliome péritonéal.
Le danger de l'amiante est donc celui de l'inhalation des fibres dégagées par ce matériau. L'absorption par voie buccale d'amiante contenu dans l'eau potable a soulevé des interrogations aux Etats-Unis, il y a quelques années, mais rien ne permet de dire que l'ingestion d'amiante a des effets sur la santé.
Les effets pathogènes de l'amiante sont donc liés au caractère indestructible des fibres, à leur dépôt dans le tissu pulmonaire, et à leur migration facile vers l'enveloppe du poumon, constituée par la plèvre, et vers le péritoine. L'amiante est en effet composé de fibres, dont la taille et le diamètre sont différents suivant la variété d'amiante et qui, lorsqu'elles sont inhalées, peuvent pénétrer jusqu'au fond de l'appareil respiratoire, c'est-à -dire jusqu'aux alvéoles, par lesquelles s'effectuent les échanges gazeux entre l'air et la circulation sanguine.
En moyenne, une fibre d'amiante est de 400 à 2.000 fois plus petite qu'un cheveu humain et n'est pas décelable à l'oeil nu, dans le mouvement des poussières.
Les caractéristiques granulométriques des fibres (longueur et diamètre) ont une importance majeure pour le comportement des fibres dans l'appareil respiratoire :
- au niveau du site de déposition (zone de conduction bronchique ou zone d'échange alvéolaire) et au niveau de l'épuration (épuration micro-ciliaire bronchique et épuration macrophagique alvéolaire), les plus longues étant les plus persistantes,
- et au niveau des effets cellulaires et tissulaires (fibroses et cancers), les plus longues et les plus fines étant les plus toxiques.
A la suite de nombreuses études scientifiques et par consensus international, il a été admis de ne retenir comme dangereuses (donc soumises à surveillance dans le milieu de travail) que les fibres d'une longueur supérieure ou égale à 5 microns, d'un diamètre inférieur à 3 microns et d'un rapport longueur sur diamètre supérieur ou égal à 3/1.
L'amiante inhalé peut provoquer des asbestoses et des atteintes pleurales bénignes, mais surtout deux complications redoutables : les cancers du poumon et les mésothéliomes. |